Un ange s’en est allé.


Nous avons l’immense tristesse de vous annoncer le décès accidentel de notre chère collègue, le Docteur Ilana Lewkowicz. L’accident, une collision frontale, a eu lieu à Chaumont-Gistoux dans la nuit de vendredi 29 à samedi 30 janvier 2016. Elle était seule dans sa voiture et revenait d’un souper avec des collègues de Chapelle-aux-Champs.

Ilana était une personne joyeuse et communicative. Sa belle personnalité et son enthousiasme n’ont laissé personne indifférent. Très engagée dans son travail auprès des patients, elle avait aussi le sens du collectif et le sens de la fête. Elle nous laisse tant de bons souvenirs que sa disparition nous semble presque irréelle.

Nous pensons évidement à son compagnon Valerio et à ses deux filles, Elisa et Laura, qui perdent une personne si précieuse. Nous pensons aussi à ses parents, à sa soeur Aviva et à son frère Raphaël. Nous nous associons de tout coeur à leur peine.
Valerio nous a dit qu’Ilana était un ange. Nous sommes tellement d’accord avec lui, d’où le titre du message.
Denis Hers, Président de l'APSYUCL

 

Nya Nya, ma petite soeur, ma meilleure amie, ma confidente, ma raison de vivre, celle avec qui je partage tout et avec qui je continuerai de tout partager. Tu m'as quittée par le corps mais pas par l'esprit; je sais, j'en suis sûre, je veux y croire que tu es toujours là et que tu veilles sur l'homme de ta vie Valério, sur la chair de ta chair tes petites filles tant aimées et sur moi ta grande soeur complice, comme tu l'as toujours fait.
Je t'entends depuis samedi me dire avec ton air coquin, ton sourire toujours présent "allez Afifa, debout on se laisse pas abattre". Je sais que c'est ce que  tu veux, que je sois forte pour Valério pour les filles. Je te promets de veiller et d'être toujours quoi qu'il arrive présente pour ces 3 êtres qui te sont chers et qui le sont autant pour moi. Je te promets de t'occuper de tes princesses de leur parler sans cesse de leur maman merveilleuse et de cette soeur unique et irremplaçable.  Il y a quelques mois tu m'as dit : "ah enfin je vais avoir une nièce et mes filles une cousine, c'était pas trop tôt". Parce que la vie est injuste, je n'aurai pas eu l'occasion d'ajouter à ta liste nièce et cousine le mot magique et si doux "MARRAINE". Alors je te demande de vive voix si tu veux être la marraine de ma fille et je t'imagine à ce moment fondre en larmes de joie et me prendre dans tes bras et me dire "oui" . Alors voilà tu es marraine ma petite soeur que j'aimerai toujours.
Je finirai en te disant qu'il n'existe aucune frontière qui sépare l'amour de deux soeurs.

Aviva Lewkowicz, soeur de Ilana

 

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Je ne parlerai pas seulement en mon nom, mais aussi au nom de l’équipe du Service de Psychiatrie des Cliniques de l’Europe site Saint-Michel, où Ilana a travaillé deux ans comme assistante et aussi au nom du Centre Chapelle-aux-Champs ou Ilana travaillait actuellement. D’autres aussi s’exprimeront au nom du Centre Chapelle-aux-Champs.

La première chose que je voudrais dire, c’est tout le plaisir qu’on a eu à travailler avec Ilana. C’était un être avec qui on aimait travailler. Aimable, très accessible, ouverte aux autres, aux patients, aux collègues, toujours souriante. Elle donnait du sens à notre travail, elle prenait la bonne direction, les bonnes décisions, on avait envie de la suivre et de travailler avec elle. Elle nous donnait la possibilité de bien travailler. Elle avait un grand talent et une grande capacité de mettre les gens en relation, de favoriser les échanges. Pourtant, elle avait ses idées et savait les défendre, mais toujours avec diplomatie et dans le respect des autres. Plusieurs fois, elle est arrivée à faire changer notre regard sur un patient difficile. Ilana était une personne généreuse. De son temps, de sa personne, de sa présence. Comme son Papa nous l’a dit l’autre jour, elle travaillait avec son cœur. Elle était toujours humble. Malgré sa brillante intelligence et ses dons multiples, elle restait modeste. Jamais elle n’utilisait son intelligence pour être supérieure ou pour dominer les autres. Elle la mettait tout simplement au service des autres, restant toujours simple et accessible. Elle avait une énergie phénoménale. La meilleure façon de s’en rendre compte était de l’écouter jouer la sonate pour piano « La tempête », de Beethoven, un de ses compositeurs favoris. Toute la pièce déménageait, rien ne pouvait l’arrêter et on n’avait aucune envie de l’arrêter. C’était une musicienne passionnée, pianiste accomplie, et violoniste aussi jusqu’à l’âge de 16 ans.

Ilana avait aussi le sens du collectif et le sens de la fête. Elle avait un don pour rendre les choses joyeuses et festives. Quelques jours après son arrivée comme assistante à Saint Michel, nous nous apprêtions à fêter le départ d’un membre de notre équipe. Ilana s’était proposée pour faire un montage vidéo où elle interviewait tous les membres du service, qui parlaient, à travers un cadre. Le résultat fut ludique, plein d’humour, touchant. Elle fit un petit film semblable, à Chapelle-aux-Champs, lors d’un autre départ, avec la même légèreté et le même humour décalé. Lorsqu’elle a quitté le service de Saint Michel, elle a absolument voulu que l’on joue à trois, avec Anne Toussaint, un célèbre morceau de piano à six mains, la romance de Rachmaninov. Modeste pianiste, elle m’a soutenu et encouragé pour arriver à un résultant acceptable, après des répétitions chez elle ou nous jouions sur son magnifique piano à queue. Ce qui est surprenant, lorsque l’on joue à six main, c’est que si l’un des musicien s’arrête ou trébuche, la musique continue… Le soir où elle est décédée, elle revenait d’une réunion qu’elle avait sucitée, pour préparer la fête des cinquante ans de notre centre, qui aura lieu dans un an et demi. Comme toujours, elle avait plein d’idées, ludiques et décalées, qu’elle notait sur son ipad. Ilana avait beaucoup de fantaisie, une fantaisie créative, originale, imaginative.

Tout le monde aimait Ilana, c’était si facile de l’aimer…

Ce tragique accident nous prive d’une forme d’avenir avec elle. Nous mettions beaucoup d’espoir en elle. Elle aurait, un jour ou l’autre, pris de grandes responsabilités. Elle avait le caractère pour cela. Avec elle, tout marchait, ce qu’on lui confiait, elle le faisait magnifiquement. Elle incarnait pour moi, une forme de psychiatrie idéale, alliant l’intelligence et le cœur.

Nous sommes confrontés à cette perte immense.

Je pense d’abord à sa famille, à Valerio, à Elisa et Laura, à son Papa, a sa Maman, à sa sœur Aviva et à son frère Raphaël.

Ilana avait une très grande force, la force d’aller de l’avant et de vaincre les obstacles. Cette force, ceux qui l’ont aimée en ont reçu quelque chose. Elle nous l’a transmise et elle va grandir en nous.

Ilana restera dans nos cœurs pour nous transmettre son optimisme et sa joie de vivre, même s’il faudra très longtemps pour surmonter notre peine. Son esprit veille sur nous, nous avons tellement de chance de l’avoir connue. Tout ce qu’elle nous a donné, nous le gardons précieusement en nos cœurs.

Dr Denis Hers

Co-directeur du Centre Chapelle-aux-Champs
Président de l'APSYUCL

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Très chère Ilana,

Le temps s'est arrêté, et nous ne cessons de penser à toi, de penser à ta famille que tu chéris tant, à ceux que tu as tant aimé. Tu as eu le don de célébrer à chaque instant les petites choses de la vie, de faire hommage au présent, de rayonner par ta générosité, ta joie de vivre et ton amour des gens. Ton plus grand enseignement a été la simplicité d'être, merveilleuse. 

Notre amitié s'est scellée dans des années fondatrices de notre "si beau métier". Ce fut une si belle rencontre ! Des partages précieux et uniques, une grande complicité et complémentarité nous unissait de la pensée clinique à notre amour de la musique, en passant par les plaisirs de la table, les jeux, les voyages, et le rire, surtout le rire. 

Tous ces fous rires, ces grands débats, et tant de belles musiques sont avec nous aujourd'hui et pour toujours,

Jamais nous ne pourrons oublier ton sourire et la profondeur de ton regard, celui-là même dont tu t'émerveillais dans les yeux de tes filles, celui-là même avec lequel tu regardais amoureusement ton cher Valerio. Celui-là même qui a rassuré et accompagné tant de ces hommes et ces femmes qui ont eu la chance d'être tes patients 


Tu m'écrivais récemment que dernièrement tu étais surtout "une super maman", je dois dire que pour nous tu es une super amie, une super collègue, une super psy, un super fille, un être rare et précieux, tellement "super" que tu es parmi nous maintenant, tranquille et belle, mais qu'est-ce que tu vas nous manquer.

Noémie Cuissart

 

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"...il y mettait du temps du talent et du coeur

ainsi passait sa vie au milieu de nos heures

Et loin des beaux discours, des grandes théories

A sa tâche chaque jour

On pouvait dire de lui

Il changeait la vie..."

 

Ilana faisait partie du comité des fêtes de Chapelle Aux Champs. Comité non officiel, qui s'est autoproclamé en charge d'organiser les rencontres festives d'un centre à l'identité académique, plutôt sérieux et exigeant.

 

Il faut dire qu'Ilana savait s'y prendre et y faire en ce qui concerne les fêtes réussies! Du sketch à pleurer de rire au quizz hilarant en passant par une chanson tendre remasterisée et des vidéos surprises. Elle déridait les plus récalcitrants.

 

C'est d'ailleurs pour organiser une énième fête que nous nous étions réunis ce vendredi 29 janvier en petit comité chez Bruno. Nous voulions, sous l'impulsion d'Ilana, commencer la préparation des 50 ans de notre centre en 2017. Oui, il valait mieux s'y prendre à l'avance avec Ilana et ses centaines d'idées à la seconde. Elle imaginait déjà des caméras cachées devant la toute nouvelle machine à café du centre, des imitations de nos collègues et un orchestre avec tous les musiciens. Elle avait pris des notes sur sa nouvelle tablette et allait nous envoyer un compte rendu comme elle avait l'habitude de le faire.

 

Nous avons beaucoup ri et échangé sur nos vies, sur les gardes malades pour enfants, le mauvais café de Chapelle Aux Champs, Dark Vador et Harry Potter,...

 

Elle avait tellement le sens de l'accueil, du plaisir partagé qu'elle prenait grand soin à organiser ces moments de rencontre. Elle les estimait précieux, solennels et indispensables. Elle nous entraînait subtilement avec elle.

 

C'est au travers de cet univers professionnel devenu aussi amical que nous avons découvert sa détermination et son assiduité à porter et mener à bien des projets en bravant le chaos et les incertitudes.

 

Dans ce centre académique et exigeant, elle était très investie et travaillait beaucoup. Depuis sa tragique disparition, nous rencontrons ses patients et tous nous témoignent de combien elle a pu les aider, accueillir leur souffrance, les soutenir et les supporter. Beaucoup avaient à coeur de lui rendre hommage au travers de ces mots.

 

Et maintenant, il nous reste la trace de sa joie, sa gentillesse, son sourire, son enthousiasme et les rires d'une dernière soirée passée ensemble.

Nous ne sommes pas indemnes de l'avoir rencontrée, n'en est-il pas du secret des anges ?


Le comité des fêtes

 

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Je ne peux pas, malheureusement, être parmi vous ce matin. Mais je tiens, par l'intermédiaire de Denis, à témoigner de ma profonde identification avec les sentiments vertigineux qui nous traversent suite à la mort d'Ilana; sentiments que sa famille et ses proches subissent de plein fouet, et qu'ils vont maintenant devoir endurer. Un départ aussi soudain, aussi incompréhensible nous confronte brutalement  à la cruauté inouïe de la vie. L'amour de tous ceux qui ont bien connu Ilana permettra d'en retrouver la douceur: je le crois, je l'espère et je le souhaite profondément! L'extraordinaire présence affective de nombreux membres du Centre depuis plusieurs jours est déjà le signe de cette douceur, même si elle semble pour l'instant bien modeste. Mes pensées vont maintenant au compagnon d'Ilana et à ses enfants, que je salue très sincèrement du fond de mon expérience personnelle de la mort.

Très affectueusement à vous tous,

Karl-Leo


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Chère Ilana,

J’ai eu la chance de te connaître à la fin de tes études de médecine, en stage pré-concours, alerte, et bienveillante, déjà et encore soucieuse du bien d’autrui. Nous nous sommes revus durant deux années d’assistanat que tu as passées aux cliniques, ici tout près. Quel bonheur d’avoir pu te rencontrer.

J’ai envie de te dire ceci : reste toi-même, continue à permettre à tes collègues de respirer, garde ton visage expressif qui se laisse lire avec une telle facilité, c’est tellement rassurant, pour nous un peu méfiants par nature, de pouvoir se reposer sur ta sincérité, ta franchise et ta simplicité des contacts humains. Nous sommes bien avec toi. Ne change pas.

Je me rappelle d’un désaccord, mémorable, un soir de garde, c’était il y a 6 ans, et bien le lendemain, avec tes expressions devenues si familières, nous en avons ri ensemble. Et récemment encore, nous nous remémorions cette histoire avec une saveur que tu dégages si bien : tu manies l’autodérision avec délectation, tu ne souris de l’autre que si en même temps tu rigoles de toi, tu nous permets de lâcher nos défenses. Tu crées du lien. Tu inventes des concepts et inities des rencontres. Surtout, continue de nous réunir. Ne change pas.

Aujourd’hui toutes nos pensées vont, à tes proches, ta famille, tes amis et aussi à tes patients. Tu nous manques. Ilana, pour Laura, Elisa et Valerio, je me rappelle d’ un texte d’Alfred de Musset que l’unité de crise leur dédie : « On s’approche, on sourit, la main touche la main, et nous nous souvenons que nous marchions ensemble, que l’âme est immortelle et qu’hier c’est demain… » Puisse ta douceur rayonner sur le monde…

Gerald Deschietere

 

Oraison funèbre prononcée par le Grand Rabbin Albert GUIGUI au cimetière Israélite de Krainem le dimanche 03 février 2016 lors de l’inhumation de notre regrettée sœur Ilana Lewkovitch de mémoire bénie.

Ilana veut dire en hébreu un arbre.

Ilana était un bel arbre, un arbre épanoui. Un arbre resplendissant qui procurait amour et chaleur. Et cet arbre a été brisé à la fleur de l’âge. Cet arbre a été arraché à l’affection des siens de façon stupide, dans un accident de la circulation. Dans le livre du Lévitique, la Torah nous relate de façon sommaire le drame qui a frappé Aharon, le Grand Prêtre. Ses deux enfants ont été foudroyés. A l’annonce de cette nouvelle dramatique, le texte nous dit qu’Aharon s’était tu.

Face aux questions que nous nous posons et auxquelles nous sommes incapables de donner une réponse, seul le silence est de rigueur, silence qui exprime mieux que tout, la tristesse et le désarroi de parents désemparés, d’un époux éplorés, de membres de la famille qui ne réalisent pas encore le drame qui vient de s’abattre sur eux. Il est difficile de prendre la parole en ces instants douloureux, surtout après les propos tenus par tous ceux et toutes celles qui m’ont précédés si ce n’est pour exprimer l’affliction et le chagrin d’une famille frappée par le malheur le plus grand : la perte d’une fille, d’une épouse, d’un frère, d’une sœur à la fleur de l’âge. Nos sages nous enseignent dans le Midrach Eicha : « La mort d’une personne jeune est aussi dure que la destruction du Temple de Jérusalem ». Ceci pour nous montrer que votre drame frappe non seulement votre famille mais le peuple juif dans son entièreté.

Face à cet arrachement que devons-nous faire? Quelle attitude devons-nous prendre ? Le rappel du souvenir d’Ilana. Ilana était aimée et appréciée par son intelligence, par son sens de l’amitié et par-dessus tout par ses qualités incomparables de douceur et de générosité. Elle pensait toujours aux autres avant de penser à elle-même. Ilana était aimée et appréciée par son courage et sa détermination, par son sens de responsabilité et sa grande endurance. Elle allait jusqu’au bout des choses et au bout d’elle-même. Ilana était aimée et appréciée parce qu’elle conjuguait en elle de façon heureuse et harmonieuse des qualités opposées. Elle était aussi scientifique qu’artiste. Déjà à 4 ans, elle voulait jouer du violon. Mais comme, elle ne pouvait pas à cet âge, faire du violon, alors elle a fait du piano. Et plus tard, elle a fait partie d’un quatuor. Elle était imbibée de musique. Au niveau professionnel, elle était compétente et consciencieuse. Ilana avait la même passion que son père : étudier. Elle était curieuse au sens noble du terme. Elle a été à Maïmonides depuis l’âge de 4 ans. Elle a ensuite poursuivi ses études de médecine, puis celles de psychiatrie et de psychanalyse. Ilana était aimée et appréciée pour son caractère social et son aptitude à aider l’autre. Elle n’a jamais fui ses responsabilités. A l’instar d’Abraham, elle répondait toujours: Hineni « me voici prête à aider ». Mais ce qui était vraiment exemplaire chez Ilana, c’est son amour pour la famille. Elle adorait son frère et son frère l’adorait. Mais ceci ne réduisait en rien l’amour qu’elle avait pour sa mère et son père, l’amour qu’elle avait pour sa sœur, l’amour qu’elle nourrissait pour Valério et ses petites filles adorées. Vous constituez pour elle le monde dans lequel elle aimait se retrouver. Traditionaliste, elle l’était. Elle était très proche du judaïsme et d’Israel. Elle tenait beaucoup aux fêtes religieuses. En un mot, elle était comme me disait son père, les larmes aux yeux : une fille merveilleuse. Mes chers frères, mes chères sœurs ! Dans la tradition juive, l'âme est souvent comparée à une bouteille de parfum. La bouteille tombe et se casse. Le parfum se répand par terre et n'existe plus. Mais malgré cela, l'odeur qui s'exhale de ce parfum continue longtemps à remplir l'espace.

Il en est de même d’Ilana. Elle nous quitte physiquement aujourd'hui. Mais elle continuera à vivre parmi ceux et celles qu’elle a aimés. Elle continuera à vivre grâce aux belles œuvres qu'elle a constamment réalisées durant sa vie. Elle continuera à vivre à travers vous ses parents qui vous êtes dévoués pour elle sans compter. Vous avez tout fait pour réaliser ses aspirations. Vous avez tout fait pour lui permettre de s’épanouir. Vous étiez là présents pour elle chaque fois qu’elle avait besoin de vous. Elle continuera à vivre à travers vous son frère et sa sœur. Elle continuera à vivre à travers vous, Valério, pour qui elle avait une admiration sans borne. Mais je sais aussi, que de votre côté également, vous aviez pour elle une immense admiration. Vous étiez un couple heureux et harmonieux. Je suis persuadé qu’elle continuera à veiller sur ses deux petits poussins qui étaient la prunelle de ses yeux comme elle veillait sur eux de son vivant. Ne meurent que ceux que l’on oublie et le souvenir d’Ilana demeurera présent et vivant dans la mémoire de tous ceux qui l’aimaient et la chérissaient.

Puissiez-vous trouver la force et le courage pour supporter cette perte irréparable et que vous puissiez trouver consolation parmi les endeuillés de Sion et de Jérusalem. Amen.

 

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Dire un texte pour parler de toi au passé …. Quelle épreuve – Quelle horreur

Quand tu es arrivée pour te présenter au Gué, nous t’avons expliqué notre projet, nos enthousiasmes, les difficultés aussi et … en quelques minutes, nous avons su que TU étais LA médecin du Gué.

Nous t’avons demandé si tu étais partante et tu ne t’attendais pas à ce que cela se décide aussi vite mais tu n’as pas demandé de temps de réflexion, tu as dit OUI.

Trois ans plus tard tu n’en étais pas encore revenue, nous non plus. Quelle chance nous avons eu que nos routes se soient croisées.

Puis, tu as dû faire les démarches pour recevoir ce fameux numéro INAMI qui te consacrait psychiatre, toi qui croyait l’être après tes si longues études et l’obtention de ton diplôme. Tu n’as jamais été aussi souvent à ta boîte aux lettres pour voir si un courrier de l’INAMI s’y trouvait alors que tu détestais aller à cette satanée boîte aux lettre si loin de ta maison.

Très vite, tu as pris tes marques dans l’équipe et avec ta générosité, ton enthousiasme et ta curiosité tu t’es plongée dans cette autre manière d’accompagner les patients, celle du Gué.

Et très vite tu as soudé l’équipe autour d’une mission quasi impossible …. Celle de lire ton écriture. Tu disais qu’on exagérait, que tu écrivais lisiblement …  jusqu’à ce qu’on te donne ta feuille à lire et que … tu n’y arrivais pas toujours non plus. Alors on riait.

Il y a eu aussi cette sortie d’été à Hofstade où tu as téléphoné à Valério en lui disant « Devine où je suis – sur la plage et je travaille ! » Et pourtant oui, tu travaillais, à la manière du Gué, sans barrière entre patient et professionnel,  dans le quotidien institutionnel, au plus proche des personnes prises en charge, les membres.

C’est toi qui, avec l’assistant social, les accueillait lors de leur premier contact avec le Gué et qui ramenait à l’équipe leurs histoires de vie, toujours douloureuses et informait l’équipe, des médications, en réexpliquant inlassablement les noms des médicaments et leurs effets … Nous on ne retenait pas, on savait qu’Ilana nous les réexpliquerait à la réunion suivante mais tu n’étais pas dupe, j’en suis sûre, cela faisait partie d’un numéro collectif qui s’était bien rôdé au fil du temps.

Et tu as pris ta place, et quelle place !, dans les entretiens de référence et dans le quotidien de l’institution. Tu participais aux activités, aux repas, aux moments informels, toujours attentive à tous et surtout aux plus fragiles.

Tu t’es jetée dans l’aventure du Gué avec cette rigueur professionnelle, cette énergie et cette soif de découvrir qui te caractérise.

Tu nous as aussi apporté ton grain de folie - qui a tout de suite trouvé sa place au milieu de celui de tous les travailleurs de l’équipe, qui ne sont pas en manque  de grains de folie non plus et tous ces petits grains ont fait de grands éclats de rire mais surtout du très beau et très bon boulot. Merci Ilana.

Nos pensées vont évidemment à sa famille, à Valério et ses enfants. Soyez assurés de notre soutien inconditionnel. Ilana nous parlait tellement de vous, de son amour pour vous.

Michèle Van Den Eynde pour le Gué